C’était l’un des événements marquants de la rentrée : Alain Ducasse allait bouleverser les conventions.
La rentrée gastronomique s’annonçait sous le signe de l’innovation. Alain Ducasse, figure emblématique de la gastronomie française, promettait de réinventer son établissement avec une carte succincte, réduite à seulement « 24 mots ». À côté, la compétition semblait infime, presque dérisoire. L’accent était mis sur un dépouillement esthétique, évoquant le gothique, ou même un retour au minimalisme culinaire. Au sein de notre rédaction, l’excitation était palpable ; nous étions impatients de découvrir ce qui se tramait dans les coulisses du Plaza.
Le cadre du Plaza Athénée, majestueux mais froid dans sa verticalité, reste un lieu emblématique. Bien que l’on y investisse beaucoup d’efforts artistiques, l'ambiance se révèle parfois oppressante. Pourtant, le service, dirigé avec finesse par Denis Courtiade, ajoute une touche de légèreté, prêt à embrasser l'humour dans une ambiance un brin militaire. Les plats, quant à eux, oscillent entre la tradition, comme en témoigne le remarquable coq en pâte (90 €), et un modernisme inattendu, avec une version revisitée du homard et pommes de terre (90 €).
Il est évident que la cuisine d’Alain Ducasse s’efforce de rester en phase avec les attentes de son temps, telle une exploration sous-marine cherchant à capter les tendances actuelles. En intégrant des produits locaux et éthiques, Ducasse semble vouloir séduire une clientèle lassée des étoilés traditionnels. Les prix, cependant, reflètent encore une époque révolue, avec un dîner pour deux frôlant les 500 €. L’expérience au nouveau Plaza demeure singulière et décalée, un vestige d’une ère que l’on pourrait qualifier de no time land. À l'heure où la haute gastronomie devient un exotisme rare, peut-être se dirigera-t-elle vers d'autres horizons, comme ceux de Beyrouth ou Séoul.
Adresse : 25, avenue Montaigne, Paris 8e. Tél : 01 53 67 65 00.







