Le 6 mai marque la journée internationale sans régime. C'est l'occasion d'aborder les impacts néfastes de ces pratiques, qui très souvent donnent lieu à une prise de poids plutôt qu'à une perte. Les spécialistes Jean-Michel Lecerf et Caroline Gayet nous éclairent sur le sujet.
Dans un monde où la minceur est devenue une obsession, les régimes connaissent un essor impressionnant. En 2012, 24 % des Français affirmaient avoir essayé un régime. De plus, 60 % des femmes et 44 % des hommes désiraient réduire leur poids. Pourtant, beaucoup ignorent que ces régimes peuvent parfois s'avérer contre-productifs.
l'effet yoyo
Jean-Michel Lecerf, endocrinologue et chef du service nutrition à l'institut Pasteur de Lille, souligne que l'échec des régimes réside souvent dans leur rapidité. "La promesse d'une perte de poids rapide attire facilement, mais ces méthodes présentent un risque élevé de reprise de poids, voire d'une augmentation plus importante".
Caroline Gayet, nutritionniste, explique que la reprise de poids est presque inévitable : "Lorsque l'on suit un régime, surtout ceux qui imposent des apports caloriques inférieurs aux besoins, on perd non seulement de la graisse mais aussi du muscle. Cette perte rapide, suivie d'une phase de stabilisation trop courte, conduit à une reprise de poids, le corps ayant tendance à stocker des graisses par sécurité".
Elle ajoute que plus une personne suit des régimes, moins ils réussissent. "Après chaque perte de poids, notre capacité à stocker des graisses augmente, rendant encore plus difficile de se débarrasser des kilos en trop". Ce phénomène est confirmé par Lecerf, qui avertit que le corps privilégie la santé à l'apparence. Une perte de poids draconienne est alarmante pour lui, car il enclenche des mécanismes de défense pour éviter une telle situation à l'avenir.
accepter d'être patient
Mais cela signifie-t-il que toute perte de poids est inaccessible ? "Je dis souvent à mes patients : 'Si vous voulez grossir, faites un régime !'" C'est une provocation, mais une perte de poids durable est envisageable en modifiant lentement ses habitudes alimentaires. Il est préférable d'éviter les aliments gras et sucrés et d'augmenter son activité physique", précise Gayet.
Pour Lecerf, "il est crucial d'accepter de perdre du poids lentement et de manière régulière. Ce n'est qu ainsi que la durabilité de la perte sera assurée". Perdre rapidement 2 à 3 kilos est illusoire et nuisible.
Les autorités sanitaires s'inquiètent de la surcroissance des régimes. Comme le souligne Lecerf, "30 % des femmes qui suivent des régimes ont un IMC normal et 15 % sont minces. Se soucier de son poids quand on est en bonne santé peut être dangereux". Une inquiétude croissante se manifeste particulièrement chez les jeunes, avec 47 % des 11-14 ans exprimant un désir de peser moins, un phénomène qui n'existait pas il y a une quinzaine d'années. Les individus doivent comprendre que leur corps a un poids naturel qu'il est difficile de modifier drastiquement.
(1) Auteur de À chacun son vrai poids. La santé avant tout, Éditions Odile Jacob, 160 p., 17,90 €.







