Durant plus d'une décennie, Anna Roy, sage-femme, a dissimulé ses démons: une addiction insatiable au sucre, des soucis de santé incessants et une souffrance mentale indescriptible. Dans son témoignage, elle évoque sa descente aux enfers, l'isolement du sevrage et son éveil d'un long coma.
« J'ai passé dix ans en quête perpétuelle de sucre, » confie Anna. Chaque jour, elle planifie son moment de plaisir avec une intensité obsessionnelle. Ses après-midis étaient rythmés par des goûters gargantuesques et une consommation de douceurs jusqu’à l’épuisement. En week-end, c'était un véritable rituel de glisser des gâteaux dans ses bagages, se créant un refuge secret dans la nuit.
Un corps à bout de souffle
Anna s’est rapidement aperçue que son corps était dans un état critique. En 2013, elle a pris 58 kilos en quelques mois, atteignant un poids inquiétant de 126 kilos. Elle a compris que ce n’était pas simplement une question de poids, mais une réelle obésité sévère. Pour elle, le sucre n’était pas un plaisir, mais une addiction dévorante qui menaçait sa santé. Elle a commencé à développer des problèmes tels que l'hypertension, le prédiabète, et l’insomnie, tout en luttant quotidiennement contre une anxiété omniprésente.
Paradoxalement, bien qu’elle consommait une alimentation méditerranéenne équilibrée, ses problèmes de santé étaient légion. Elle se sentait piégée par des maladies imaginaires, alimentées par l'hypocondrie et la peur d’un destin tragique.
Le poids de la souffrance
La perte de son père, qui a décédé à 59 ans, a été un déclencheur dévastateur. La douleur d'un amour inconditionnel disparue, Anna a commencé à combler ce vide avec de la nourriture. En plus de ce chagrin, elle a vécu deux viols, une expérience qui a accablé son esprit. À cela s'ajoutent des épreuves liées à son métier de sage-femme, où elle est souvent confrontée à la douleur d'autrui.
Pour Anna, la nourriture est devenue un mécanisme de consolation. Grossir est devenu pour elle une manière de contenir cette souffrance insupportable et d’absorber la douleur des autres. Chaque bouchée était un cri de désespoir.
Un sevrage éprouvant
Des consultations ont suivi, mais les conseils de réduction n’avaient aucun impact. Comprendre qu'elle était véritablement accro au sucre l’a poussée à agir. Ce fut un ami qui lui ouvrit les yeux sur l’urgence de sa situation, l’amenant à envisager un sevrage. Cependant, ce chemin s’est révélé semé d’embûches. Anna a dû gérer un sevrage abrupt, sans le soutien médical nécessaire, se retrouvant face à des symptômes d’angoisse et de manque.
Elle a construit un système de soutien personnel : des podcasts sur les addictions, un suivi de sa glycémie, et diverses techniques d’auto-verbalisation pour gérer ses émotions. Ce faisant, elle a découvert que ces addictions n'étaient qu'une évasion temporaire. Au fil des mois, son état de santé s’est amélioré.
« Je n’ai jamais été aussi heureuse qu’aujourd’hui, » conclut-elle. Un renouveau qui lui permet de ressentir intensément chaque émotion, et de se sentir véritablement vivante.
A lire pour en savoir plus : Énorme, par Anna Roy (éd. Larousse)







